Histoire de la Société de Secours aux Familles de Marins Français Naufragés.

Alfred de Courcy, président de la Compagnie Générale des Assurances Maritimes, était bien placé pour connaître les naufrages nombreux qui endeuillaient nos côtes à cette époque. Les conditions de navigation étaient précaires ; les navires, surtout les petits : barques, lougres, chasse-marée, bisquines… étaient à voile, mal défendus contre les éléments. Leurs pertes étaient fréquentes et les populations durement éprouvées par les deuils répétés. Une seule tempête, le 1er janvier 1877, causa la perte de 30 bâtiments sur les côtes de Bretagne et dans l’Atlantique.

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Voici comment s’exprimait M. de Courcy, au moment de la fondation de la Société :

«Une statistique douloureuse constate que chaque année plusieurs centaines de marins français perdent la vie dans les catastrophes des naufrages. Leurs familles, souvent nombreuses, sont presque toujours indigentes ou le deviennent par la mort de leurs chefs. La Caisse des Invalides de la Marine n’a qu’un secours bien chétif à leur accorder. Les élans de la charité locale restent d’ordinaire impuissants.

Ce qui donne en effet un caractère particulièrement navrant à ces infortunes, c’est qu’elles sont collectives et simultanées. Tout l’équipage d’un navire étant de la même localité, la disparition d’une barque de pêche peut laisser, dans une bourgade pauvre, des légions de veuves et d’orphelins.

Pourtant, si le naufrage a eu lieu l’été, devant une plage élégante, un vif ébranlement de sensibilité se manifeste parmi la foule oisive des baigneurs. On organise des collectes et des concerts. Mais les naufrages ont rarement lieu l’été. L’hiver la plage est déserte et la détresse sans remède. La plupart de naufrages sont lointains et obscurs, car on en ignore souvent la date et les circonstances. Les personnes étrangères aux choses maritimes ne soupçonnent pas la fréquence de ces catastrophes mystérieuses. Il disparait chaque année un grand nombre de navires qui ont sombré avec tous leurs équipages.

Où? Quand? Comment? On ne le sait pas, on ne le saura jamais. Ils tardent à se présenter au port où ils sont attendus ; les femmes, les enfants, les mères conservent longtemps, à travers leur anxiété croissante, un espoir tenace. Il vient un jour où l’espoir n’est plus permis, et où l’on demande un service funèbre au curé du village. Une feuille maritime constate que tel navire a disparu, la douane en opère la radiation sur ses registres, les assureurs paient, et c’est tout. Personne ne s’occupe des familles en deuil. Le but de la Société qui vient de se former est de venir au secours de ces infortunes, en recherchant les plus obscures ».


On peut rappeler que le Conseil d’Administration de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés — qui deviendra 90 ans plus tard en fusionnant avec la Société des Hospitaliers Sauveteurs Bretons, la Société Nationale de Sauvetage en Mer (S.N.S.M.) — avait envisagé en 1877, sous l’impulsion d’un de ses administrateurs qui n’était autre que M. Alfred de Courcy, la possibilité « d’accorder, dans la limite de ses moyens, des secours aux familles des marins français embarqués à bord de bâtiments français qui auront péri par suite de naufrages ou de tous accidents du navire et de l’embarcation ». Un avis défavorable du Ministère de l’Intérieur, dicté par le respect de la prudence financière, devait conduire à l’abandon de ce projet et à la création deux années plus tard, de la Société de Secours.

Dès ses débuts, la Société de Secours aux Familles des Marins Français Naufragés, reconnue d’utilité publique en 1880, soit un an seulement après sa création, a fait appel à la générosité publique.

Des personnalités connues lui ont apporté l’appui de leur notoriété, tel Pierre Loti qui, en 1887, écrivait dans le Figaro :
« A présent, et pour l’avenir, je suis tout dévoué à cette Société de Courcy, dont j’ignorais même l’existence il y a seulement deux mois ; si je puis contribuer à la faire connaître un peu, j’en serai heureux ».

Bien entendu, les choses ont évolué depuis 1879. Une garantie sociale protège aujourd’hui les marins tout comme les autres salariés. Mais avant que la pension de l’Etablissement national des Invalides de la Marine (E.N.I.M) ait été établie, que son aide d’urgence aux familles soit éventuellement versée et que l’aide des compagnies d’assurances soit accordée, des délais administratifs souvent longs sont nécessaires. Le propre de la Société de Secours est d’intervenir de façon immédiate. Dès qu’un événement de mer frappant une famille lui est signalé par un des postes du Service Social Maritime, un secours est envoyé au plus vite à la famille sinistrée.

La Société de Secours manifeste aussi son soutien d’une seconde façon : chaque année, elle apporte une contribution aux frais scolaires d’un grand nombre d’orphelins de familles maritimes. Le plus souvent, la Société de Secours aux Familles de Marins Français Naufragés, connue sur nos côtes aussi sous le nom de Société de Courcy, est sollicitée pour des marins de la pêche. C’est en effet dans cette profession que les naufrages sont encore aujourd’hui les plus fréquents.

Depuis 1999, elle a repris la mission de l’Office des Pupilles de la Marine Marchande et s’adressent donc aux familles de ressortissants de toutes les marines — pêche artisanale ou industrielle, pêche à pied, conchyliculture, marine marchande, de commerce, cabotage, transports à passagers, plaisance… — à la condition expresse que le marin décédé soit inscrit à l’E.N.I.M. Les secours d’urgence sont versés aux veuves ou compagnes en cas de disparition dans le cadre de l’activité professionnelle maritime, et aux orphelins, quelques soient les circonstances du décès du marin. Les secours scolaires sont attribués à tous les orphelins scolarisés de 6 à 18 ans, le montant variant en fonction du revenu du foyer. Ces aides distribuées grâce au concours des postes du Service Social Maritime, font l’objet régulièrement, par le Conseil d’Administration de la Société de Secours, de revalorisation.

Depuis le 1er janvier 2018, la Société de Secours aux Familles de Marins Français Naufragés a transféré l’ensemble de son actif à la Société des Œuvres de Mer, garantissant ainsi l’universalité de son patrimoine.
C’est désormais cette dernière qui reprend la mission d’aide auprès des familles de marins disparus assurée depuis presque un siècle et demi dans l’esprit de son fondateur.